La Haine
31 ans après, même scénario ?
En 1995, Mathieu Kassovitz sortait La Haine.
Un film en noir et blanc, devenu culte, qui racontait la colère, les tensions entre les jeunes des quartiers populaires de banlieue et la police, ainsi que cet engrenage de violence qui laisse des cicatrices.
Trente et un ans plus tard, les images des affrontements qui ont secoué plusieurs villes de France samedi dernier font écho à ce film, comme si le temps avait passé sans que le scénario ait vraiment changé. À quelques nuances près, toutefois ,deux générations se sont succédées, les violences se sont renforcées, jusqu’à atteindre le stade de l’hyperviolence
Là où il y avait encore des filtres, il n’y en a plus aujourd’hui. La violence semble avoir franchi un nouveau seuil. Nous sommes entrés dans une ère où la haine paraît pouvoir s’exprimer sans limites.
Mais la haine ne se résume pas à un face-à-face avec l’autorité de l’État.
Depuis le 17 octobre, elle a aussi un autre visage , celui de ceux qui subissent les conséquences de ces violences. Ces commerçants dont les vitrines ont été brisées, les magasins pillés, l’outil de travail détruit. Des années de labeur réduites à néant, le chômage pour les uns, la fin d’un rêve pour les autres, après toute une vie d’efforts et de sacrifices.
Sans parler des symboles de la République pris pour cible, jusqu’à l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges.
Que reste-t-il alors lorsque la colère des uns nourrit le désespoir des autres ? Lorsque la violence engendre à son tour la rancœur, le sentiment d’injustice et le désir de revanche ?
La Haine racontait déjà cet engrenage. Mais trente et un ans après, une question demeure ,qu’avons-nous fait pour éviter cela ? À l’heure où nous écrivons cet éditorial, la France peine encore à dresser l’inventaire des dégâts qu’un nouvel épisode de violence se profile déjà
Dans tout ce marasme, l’énergie créatrice demeure. Même dans les périodes de troubles, il reste toujours une place pour le positif. La jeunesse a besoin de rêves, d’évasion, d’un nouveau monde des possibles et d’une nouvelle espérance.
Il faut reprendre les choses en main, à bras-le-corps, pour les générations futures. La réalité dépasse parfois la fiction. Et ce n’est pas du cinéma.
Emmanuel Racca
