Culture et présidentielle.
Et si l’on jugeait les candidats sur leurs actes passés plutôt que sur leurs promesses ?
À l'approche de l'échéance présidentielle, les programmes et les promesses se multiplient.
Et avant de s’intéresser aux programmes des principaux candidats concernant la culture, il était intéressant de faire un examen de leurs actes passés de leurs actions de leurs décisions de gestion de leurs prises de positions de leurs votes qui s’avère bien plus révélateur qu’une promesse sur un tract.
Les parcours de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et David Lisnard ,montrent des engagements culturels très divers, forgés par la nature des mandats qu'ils ont exercés.
Marine Le Pen (Députée, ancienne présidente de parti).
N'ayant jamais exercé de fonctions exécutives au niveau national ou municipal direct (contrairement aux maires RN de son parti), ses actes culturels passent par son positionnement d'élue nationale :
• Dépôts d'amendements budgétaires : À l'Assemblée nationale, elle et son groupe ont systématiquement voté pour le ciblage des crédits de l'État vers la préservation du patrimoine bâti historique (églises, monuments nationaux) plutôt que vers les subventions à l'art contemporain. • Opposition aux réformes de l'audiovisuel public : Elle a défendu à l'Assemblée des positions de contrôle strict ou de restructuration concernant les budgets alloués aux chaînes de télévision et radios publiques.
Jean-Luc Mélenchon (Ancien ministre, ancien sénateur et député).
Son action s'est principalement mesurée par son travail législatif, ses votes et ses fonctions exécutives passées :
• Ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) : Il a agi pour la valorisation des lycées professionnels des métiers d'art et du patrimoine (ébénisterie, restauration, artisanat d'art) en les intégrant pleinement dans les filières d'excellence éducative. • Batailles législatives au Parlement : En tant que député, il a mené avec son groupe des oppositions frontales et déposé des amendements contre la baisse des subventions aux théâtres nationaux et contre la précarisation du régime des intermittents du spectacle.
Édouard Philippe (Premier ministre de 2017 à 2020, Maire du Havre).
En tant que chef du gouvernement, il a supervisé la mise en œuvre de plusieurs réformes culturelles nationales majeures .
• Lancement de l'expérimentation du Pass Culture : C'est sous son gouvernement qu'a été initié et testé le Pass Culture (alors sous la direction de la ministre Françoise Nyssen), destiné à allouer un crédit culturel aux jeunes de 18 ans. • Arbitrage des budgets de la culture : Durant son passage à Matignon, il a validé le maintien et la progression globale des budgets de la création artistique et de l'audiovisuel public. • Au Havre : En tant que maire, il a soutenu l'événement culturel d'art contemporain "Un Été Au Havre", qui installe chaque année des œuvres monumentales dans l'espace public pour dynamiser le tourisme.
Raphaël Glucksmann (Député européen depuis 2019).
Son action passée s'inscrit essentiellement dans le cadre de ses mandats au Parlement européen et de son passé de réalisateur :
• Vote des budgets culturels européens : Il a activement soutenu et voté l'augmentation des enveloppes du programme Europe Créative, le principal dispositif de l'Union européenne destiné à soutenir les secteurs du cinéma (via les aides MEDIA) et de la culture. • Défense des droits d'auteur face au numérique : Il s'est impliqué dans les débats européens pour la régulation des plateformes de streaming et des géants du web, afin de garantir une meilleure rémunération des artistes et auteurs européens face aux algorithmes.
David Lisnard (Maire de Cannes depuis 2014).
On ne va pas se cacher c'est le candidat qui dispose du bilan de gestion locale le plus direct et documenté sur la culture, l'ayant placée au cœur de sa politique municipale, David Lisnard, l'innovation de terrain érigée en modèle national.
• Généralisation du "100 % EAC" (Éducation Artistique et Culturelle) : Il a fait de Cannes la ville pionnière en France à instaurer un programme garantissant à chaque élève des écoles publiques de suivre un parcours d'éducation artistique chaque année. Cette initiative locale a été si probante que l'État s'en est directement inspiré pour créer un label national. • Soutien au secteur cinéma/audiovisuel : Développement du projet "Cannes on Air" pour attirer des studios de tournage et des entreprises de post-production en dehors des seules dates du Festival de Cannes. • Création de Canneseries : Intégré au projet global "Cannes On Air" et entièrement financé par des fonds privés, ce festival des séries haut de gamme bénéficie d'un écosystème dynamique et d’un écrin au niveau de l’accueil où les professionnels se rencontrent. Entièrement gratuit et ouvert au grand public, l'événement attire chaque année un nombre de visiteurs de plus en plus important. • Infrastructures et formation : Ouverture du campus universitaire de la Bastide Rouge, entièrement tourné vers l'audiovisuel, l'écriture créative et les métiers de l'image.
L’analyse des actes passés de chaque candidat montre qu'il n'y a pas un profil parfait, mais des forces stratégiques différentes selon la sensibilité de chacun.
Si l'on recherche un candidat capable de traduire des idées en actions concrètes et mesurables, David Lisnard se distingue fortement. Son initiative du "100% EAC" à Cannes a fait ses preuves au point que l'État s'en est inspiré pour en faire un label national, ce qui démontre sa capacité à concevoir des modèles culturels exportables à l'échelle du pays et donne un élan particulier à son ambition.
Face à cela, Édouard Philippe à l'avantage de l'expérience directe des arbitrages budgétaires de l'État du pilotage global de dispositifs d'envergure comme le Pass Culture. Enfin, pour les électeurs qui privilégient le combat de valeurs ou le cadre européen, les votes de Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann et Marine Le Pen fixent des lignes idéologiques claires.
Le candidat le "mieux placé" dépendra donc de la vision de l'électeur.
Préfère-t-on un innovateur de terrain dont les méthodes ont convaincu l'État ? Un gestionnaire du sommet de l'État ? Ou des parlementaires porteurs de lignes doctrinales fortes ? À suivre…
Emmanuel Racca
